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Examen de la Stratégie sur la forêt du Canada pour 2008 et au delà
Document d'orientation par Arbres Canada

1.0 Résumé

Une stratégie sur les forêts canadiennes doit tenir compte de la réalité que plus de 80 % de la population du Canada vit maintenant dans des zones urbaines et que ces « forêts urbaines » jouent un rôle important dans l'avenir environnemental, social et économique de notre pays. En plus des bienfaits fournis par ces forêts à la société canadienne, celles-ci ouvrent une fenêtre sur l'univers forestier à une plus grande échelle. Bien que l'expression « foresterie urbaine » soit la création d'un Canadien, le Canada pourrait vraisemblablement être le seul pays du monde occidental à essayer d'exclure les forêts urbaines de sa stratégie forestière globale - malgré des tendances récentes, comme l'ajout des forêts urbaines dans la stratégie nationale sur la forêt (2003-2008).

Pour ce qui est de la « forêt industrielle » traditionnelle sur laquelle est centrée la présente stratégie, on ne semble pas reconnaître suffisamment que la crise que connaît l'industrie nécessite un leadership et un repositionnement solide pour relever les défis de cette crise.

2.0 Commentaires généraux

2.1 À deux pas de chez nous - Reconnaître les forêts urbaines du Canada
Bien qu'il soit possible que le Canada soit une « nation forestière », il est difficile de définir sa population comme une « population forestière ». Avec 80 % de sa population vivant maintenant dans des villes et autres zones aménagées, le Canada pourrait plutôt être vu comme abritant une « population forestière urbaine ». Il n'y a malheureusement aucune référence à ces forêts urbaines dans la Stratégie sur la forêt du Canada. Les forêts urbaines - reconnues maintenant comme les « poumons des villes » font beaucoup plus qu'embellir et contribuer à l'économie de nos résidences et du centre-ville. Elles sont vitales pour notre santé physique et mentale. Les forêts urbaines :

  • réduisent l'effet d'îlot thermique sur les surfaces revêtues des villes;
  • combattent la pollution de l'air en neutralisant les matières particulaires dans l'air (452 tonnes à Toronto en 1998);
  • réduisent la demande d'énergie dans les édifices et les maisons de 15,25 %;
  • régulent l'hydrologie de nos villes et minimisent les inondations et les sécheresses;
  • fournissent des bienfaits psychologiques aux Canadiens - des études réalisées aux É.-U. démontrent que tout bien considéré, les zones qui sont bien boisées comptent moins de cas de violence domestique, de graffiti et de cas d'hyperactivité avec déficit de l'attention chez les enfants. Les patients dans les hôpitaux qui peuvent regarder des paysages boisés de leur fenêtre se rétablissent plus rapidement. Les forêts urbaines du Canada ont une importance thérapeutique pour la santé mentale et la stabilité des familles et des collectivités.

En 2006, le service forestier américain (U.S. Forest Service) a utilisé le modèle UFORE pour évaluer les services écologiques fournis par les forêts urbaines d'Oakville; il a calculé que ces services valaient environ 2,4 millions de dollars par année.

Les expériences forestières de bon nombre de Canadiens proviennent non pas de parcs nationaux ou provinciaux, de réserves fauniques ou de réserves de chasse mais plutôt des arbres dans leur cour, le ravin avoisinant et le parc communautaire. Ce qui se passe dans les villes et villages peut influer sur notre compréhension de ce qui se passe dans les « forêts naturelles » avec l'expansion des populations. De plus, les forêts urbaines sont souvent les premiers points de contact pour des maladies et insectes déprédateurs des arbres. Intégrer les forêts urbaines dans la Stratégie sur la forêt du Canada semble donc une bonne idée.

Finalement, il y a eu un manque d'appui évident concernant les programmes sur les forêts urbaines, sauf à l'échelon municipal. Les recherches horticoles fédérales, les programmes sur les brise-vent, les Journées de l'arbre, le programme Ma rue, mes arbres et d'autres programmes de foresterie urbaine ont été abandonnés par le gouvernement fédéral et il appartient maintenant aux municipalités de défrayer les coûts de ces programmes avec les taxes qu'elles prélèvent ou avec l'aide de dons de sociétés. Cette situation est très différente du reste du monde occidental, comme aux États-Unis où les forêts urbaines sont traitées à un niveau organisationnel supérieur et reçoivent un financement fédéral direct de 35 millions de dollars par année.

2.2 La forêt industrielle du Canada - À repositionner
Bien que la Stratégie sur la forêt du Canada puisse sembler optimiste et constructive, on pourrait dire que la situation est examinée avec des verres teintés. La compétitivité du secteur forestier est le point clé de la mise en oeuvre de la stratégie et plusieurs indicateurs montrent clairement que le secteur forestier canadien n'occupe pas une place saine ou concurrentielle. Ceci est démontré dans cinq points particuliers :

  1. Les plantations forestières fournissent 30 % du bois utilisé dans le monde. Ce chiffre passera à 50 % en 2025 et à 75 % en 2050. Le Canada récolte présentement moins de 5 % du bois dans les plantations. La Stratégie doit identifier ce problème et essayer de le résoudre.
  2. Le Canada continue de dépendre d'un seul pays client pour vendre la grosse majorité de ses produits forestiers : les États-Unis. Ce problème doit être traité.
  3. La rentabilité du secteur forestier canadien est malheureusement trop reliée au taux de change inférieur du dollar américain.
  4. Les investissements à l'étranger par l'industrie forestière canadienne ont été remarquablement peu élevés, n'offrant ainsi aucune protection contre un dollar canadien fort (plus de 30 % de la production des entreprises forestières en Scandinavie provient maintenant d'en dehors du pays).
  5. Une étude récente de la Banque mondiale a montré que le secteur international de la forêt industrielle n'est pas bien relié à d'autres secteurs commerciaux (mines, énergie, etc.) - le Canada est un très bon exemple de ceci.

De plus et même si le Canada a beaucoup de terres forestières certifiées par une tierce partie, on peut difficilement évaluer s'il y a des clients qui sont prêts à défrayer les coûts de cette certification. De même, la réduction des gaz à effet de serre au sein de l'industrie est une bonne chose mais ceci n'augmentera pas le taux de croissance (taux de séquestration) de nos arbres. Finalement, la Stratégie ne mentionne pas beaucoup le carbone. Des investissements sont faits par des sociétés d'énergie et d'autres entreprises qui achètent des crédits de carbone. Ces crédits pourraient être investis dans les forêts industrielles et urbaines pour changer notre profil d'approvisionnement en bois (des forêts naturelles aux plantations) et pour améliorer les forêts urbaines.

3.0 Commentaires particuliers

Comment la Stratégie sur la forêt peut devenir plus pertinente

Page 1 (Résumé) - Tout d'abord, il est clair que la « mise en oeuvre (de la Stratégie) sera assurée par le CCMF et les gouvernements qui en sont membres ». Ceci peut être une contrainte pour le CCMF parce que ses membres n'ont souvent pas de forêts urbaines sous leur compétence immédiate. Un mécanisme doit être élaboré pour que le CCMF tienne compte des gouvernements municipaux. Deuxièmement, la Stratégie avance que « des mécanismes additionnels de mise en oeuvre, auxquels participeraient les parties concernées, pourraient être élaborés ... » et nous encourageons le CCMF à trouver un mécanisme approprié qui permettra d'inclure les forêts urbaines, peut-être dans le même esprit qui a permis au CCMF d'inclure les boisés privés et les forêts des Premières nations dans la Stratégie.

Page 5 - à la fin du premier paragraphe - nous suggérons de changer la phrase pour dire « ... de l'eau douce du monde, et constituent un habitat pour plus de 140 000 espèces de plantes, d'animaux et de micro-organismes et améliorent nos milieux urbains ».

Page 7 - deuxième paragraphe - il est signalé que « les stratégies précédentes adoptaient une approche générale et universelle » mais que cette nouvelle Stratégie sera de « mieux cibler les priorités d'importance nationale ». Nous suggérons que les forêts urbaines soient identifiées comme une priorité nationale - une priorité qui devrait être placée sous l'ombrelle du CCMF.

Pages 7 et 8 - précisent le contexte pour l'aménagement forestier durable au Canada - ceci comprend les lots boisés et les questions autochtones. Il serait approprié d'ajouter un paragraphe ici pour parler des forêts urbaines. Fait intéressant : les forêts urbaines sont reliées de près aux critères et indicateurs ainsi qu'à plusieurs des enjeux potentiels examinés dans l'annexe A. Il n'est pas nécessaire d'avoir une section séparée pour les forêts urbaines (si cela constitue un problème pour le CCMF) mais ces forêts pourraient être un élément additionnel des différents enjeux.

Page 10 - l'énoncé de vision est un bon énoncé qui a été amélioré depuis sa création en 1992. Le texte descriptif connexe devrait préciser que les forêts urbaines font partie des forêts du Canada.

Pages 10 et 11 - énumèrent les enjeux. Ici aussi, les forêts urbaines pourraient être ajoutées à titre d'enjeu séparé ou être intégrées aux enjeux déjà énumérés, ou les deux options. Nous avons traité les forêts autochtones et privées de façon similaire depuis 1992. La manière n'est pas vraiment importante à long terme, en autant que les forêts urbaines sont mises à l'ordre du jour dans un format identifiable.

Page 11 - deuxième paragraphe sous VII - Buts et objectifs, il faudrait trouver un moyen pour faire participer les organismes responsables des forêts urbaines.

Page 12 - premier paragraphe sous VIII - ajouter les organismes responsables des forêts urbaines à la liste des participants identifiés.

Page 17 - Enjeux - 2. Santé des forêts - indiquer que les forêts urbaines jouent un rôle important dans la santé des forêts, sont des réservoirs d'arbres et d'habitats biologiquement diversifiés qui peuvent bénéficier aux forêts régionales. Les forêts urbaines peuvent également être affectées par ce qui se passe dans les forêts régionales, comme le feu et les insectes, et elles devraient donc faire partie des stratégies nationales.

Page 18 - Stabilité et résilience sociales - ceci a une orientation plutôt économique mais les forêts urbaines contribuent beaucoup à la qualité de vie et à la stabilité sociale; ceci devrait être bien indiqué.

Page 19 - Changement climatique - ce sujet vise naturellement les forêts urbaines : un endroit où 80 % de la population peut contribuer et influer directement sur cet enjeu.

Page 19 - Biodiversité des forêts - les forêts urbaines sont une énorme source de diversité génétique; elles sont situées dans des lieux où elles peuvent recevoir une protection plus intense. Par ailleurs, les forêts urbaines peuvent être un point d'entrée pour les déprédateurs exotiques et, encore une fois, devraient vraiment faire partie d'une stratégie nationale.

Page 20 - Obligations et intérêts internationaux - il est toujours impressionnant pour un visiteur d'atterrir dans un pays et de voir des forêts de la fenêtre de l'avion, comme les pins noirs à Rome, les forêts de conifères à Frankfurt, les feuillus à Paris et à Heathrow, les plantations à Tokyo/Narita, les eucalyptus à Sidney et les boisés de la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent à Ottawa. Ces impressions visuelles sont importantes - nous devons démontrer que nous avons soin de nos arbres et de nos forêts et ces forêts commencent tout près de chez nous. Dans le domaine de l'aide internationale, nous devrions mettre l'accent sur les connaissances en matière de foresterie urbaine qui pourraient être appliquées aux pratiques forestières dans les collectivités ou les villages des pays qui reçoivent de l'aide.

Page 21 - Information et connaissances sur les forêts - ce sujet s'intègre bien ici aussi aux forêts urbaines car celles-ci offrent beaucoup de possibilités interprétatives pour les programmes scolaires et l'éducation des adultes.

Page 23 - Changements institutionnels - les forêts privées sont mentionnées ici aussi; nous pourrions indiquer ici les forêts urbaines et les changements institutionnels que nous demandons pour permettre aux forêts urbaines de faire partie de la stratégie nationale.

Pages 24 et 25 - Critères et indicateurs du CCMF - nous n'avons pas besoin d'une catégorie distincte pour les forêts urbaines mais il faudrait reconnaître que ces critères et indicateurs fournissent également une structure pour divers aspects des forêts urbaines.

4.0 En conclusion - les raisons pour inclure les forêts urbaines du Canada

Les forêts urbaines du Canada sont diverses et existent depuis longtemps :

  • Aménagement des grands parcs urbains au milieu du XIXe siècle, y compris High Park (1873), Mont-Royal (1876) et Stanley Park (1886).
  • Plantation d'arbres sur le bord des routes au début du XXe siècle avec une reconnaissance accrue des forêts urbaines à la suite de la propagation de la maladie hollandaise de l'orme dans les années 1960 et 1970, faisant réaliser aux Canadiens l'importance esthétique et autre de nos forêts urbaines.
  • Création de l'expression « foresterie urbaine » par le Canadien Erik Jorgensen en 1970.
  • De 1972 à 1979, le programme Une forêt pour les hommes fut créé par le Service canadien des forêts à Ste-Foy QC, résultant en la tenue de la première conférence internationale sur les forêts urbaines à Laval en 1979.
  • Lancement de plusieurs programmes communautaires de foresterie urbaine à l'échelle municipale, provinciale et nationale, y compris : The Coalition to Save the Elms (Winnipeg), Ontario Shade Tree Council (maintenant l'Ontario Urban Forest Council), Shade Tree Laboratory (U de T), le programme sur la maladie hollandaise de l'orme du ministère des Ressources naturelles du Manitoba et Arbres Canada.
  • Création de nombreux emplois pour les forestiers, techniciens, arboristes et entomologistes dans le domaine des forêts urbaines dans les années 1980.
  • Tenue de la Conférence canadienne sur la forêt urbaine depuis 1993.
  • Inclusion de la foresterie urbaine dans la Loi de 2000 sur les forestiers professionnels.
  • Formation du Réseau canadien de la forêt urbaine (2004) et de sa liste d'envoi électronique CANUFNET.
  • Inclusion des forêts urbaines dans la stratégie nationale sur la forêt (2003-2008).

Il n'y a pas de meilleur temps pour inclure les forêts urbaines dans ce document d'orientation. Nous vous prions de donner aux forêts urbaines la place qu'elles méritent dans la famille forestière en planifiant pour 2008 et au delà.

Michael R. Rosen, F.P.I.
Président, Arbres Canada
Le 18 juillet 2007

En collaboration avec :
Peter Murphy, conseiller communautaire d'Arbres Canada et ancien doyen de la faculté de foresterie de l'université de l'Alberta
Jean-Louis Kérouac, vice-président de Tecsult Inc. et membre du conseil d'Arbres Canada
Dorothy Dobbie, éditrice, Pegasus Publications, présidente de la Coalition to Save the Elms, vice-présidente d'Arbres Canada
Gérard Fournier, conseiller communautaire d'Arbres Canada et président de For Trees Co.
Jack Radecki, forestier, Mt. Pleasant Cemeteries et Ontario Urban Forest Council
Bohdan Kowalyk, Ontario Urban Forest Council
Peter Dmytrasz, Ontario Urban Forest Council
Pierre-Émile Rocray, forestier, ville de Montréal
John McNeil, forestier, ville d'Oakville
Richard Ubbens, forestier, ville de Toronto
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